• TRADITION D'ANTAN

    Si, à l'heure actuelle -en permanence depuis 2002, en fait-, on nous gave de délinquance et d'insécurité (quitte, pour l'exemple, à promouvoir l'installation d'un portique à détection d'armes  à l'entrée d'un lycée après une agression), force est d'admettre que les prises de position en matière des conditions d'emprisonnement en France se font bien plus rares...

    « Bah c'est beaucoup moins rentable, ma gueule! » me glisse Gègène avec un regard affiné par l'alcool...mais il faut être connaisseur pour apprécier un tel spectacle...

    Il est vrai qu'avec le mini-documentaire filmé par un détenu de Fleury-Mérogis (à voir!), les suicides à répétition ou les histoires de ces mecs incarcérés pour alcool au volant qu'on place avec des codétenus qui les assassineront dès la première nuit, les images sont pourtant chocs, les constats accablants, mais les tensions médiatiques, sur ce sujet, redescendent toujours rapidement... Vous avez remarqué, vous aussi?

    « Tu m'étonnes, ma couille!... Les enculés » me souffle Gèg, déposant de doux effluves en ma direction... Faut être connaisseur...

    Alors, pour l'amertume (non, pas pour le plaisir), je vous fais un petit rappel des ignominies moyenâgeuses qui officient toujours dans les prisons françaises en cette bonne vieille année 2009. Ça fait jamais de bien, mais les zonzons font tant partie du décor et la réalité pénitentiaire me paraît tellement floue dans beaucoup d'esprits, qu'il me paraît un minimum nécessaire de pointer de la plume quelques détails... Au pire, c'est pas néfaste...

    Tout d'abord, chaque année, des détenus meurent par manque de soin. C'est à peu près, à chaque fois, le même scénario: En gros, les mattons, malgré les appels au secours répétés de détenus malades, ne se déplacent pas -prétextant être « habitués à de tels vacarmes »-, et retrouvent un cadavre, entouré de codétenus souvent choqués, à l'ouverture des portes le lendemain. Ce serait pas de la non-assistance à personne en danger, ça? Pourtant, (très) rares sont les cas où un surveillant ou une infirmière ont été mis en cause... Encore faudrait-il que des enquêtes soient lancées...

    C'est peu dire que les prisons françaises sont surpeuplées. Le taux d'occupation à respecter est, déjà, de  120%, et les établissements publics le dépassent, actuellement, allègrement. Pour vous en donner une idée: Dans une cellule de quatre mètres sur quatre, entassez six lits -superposés deux par deux-, six armoires, trois tables et chaises, le coin sanitaire et, bien sûr, six détenus! L'ambiance paraît chaleureuse, quoique' assez oppressante, vous trouvez pas?  C'est bien les conditions dans lesquelles sont logés certains prisonniers... Ils ont, parfois, leur matelas à même le sol... Et nul besoin de m'étendre sur l'état des cellules, je pense...

    Les taulards qui travaillent se font plus qu'exploiter. Les tâches, souvent peu reluisantes, sont à peine rémunérées et n'apportent jamais une aide à la réinsertion. Elles s'effectuent sans contrat de travail (ce qui est logiquement interdit par le Code Pénal), et sont également payées à la tâche (pratique également interdite en France), preuve que, même pour l'État, les prisons sont des zones de non-droit...

    La détention provisoire, en pleine explosion, est une aberration. Elle sert surtout à mettre la pression aux détenus pour obtenir des aveux... Il faut savoir que plus de huit cent personnes par an sont innocentées après un non-lieu, et certaines, après avoir passé près d'un an en geôle... Certains appelleront ça de la prévention...

    L'hygiène est un gros problème. En effet, seuls le « loyer » et les « trois repas » sont « offerts » (vous comprendrez les guillemets). Restent à la charge du détenus: les produits d'hygiène personnelle (savon, brosse à dent, etc.), les produits d'entretien pour la cellule, le matériel de correspondance (timbres, papier...) et les vêtements... Et bien sûr, la famille n'a rien le droit de lui apporter, ça, je ne vous l'apprends pas... Et les tarifs des cantines sont-c'est fatalement logique!- en pleine explosion et ne sont soumis à aucune règle. 

    Et les jeunes mères qu'on enferme en cellule avec leurs enfants de moins de 18 mois... Les produits de substitution encore rarement employés pour les toxicomanes, provoquant des risques mentaux et une mort plus probable... Et les familles éclatées à cause des fréquents déplacements de prisonniers, dans le simple but de faire mentir des chiffres... J’en passe énormément, et j'en oublie encore plus... Et tout est fait pour, j'ai l'impression...

    Après ces quelques gros détails déjà honteux, le constat découle de lui-même: les suicides et les récidives se multiplient, laissant clairement voir que la prison est tout sauf une solution... Alors pourquoi s'acharner à vouloir en construire d'autres?

    « Bah c'est pour les chiffres de la délinquance, gros! C'est un cercle! » me gueule Gèg dans les oreilles en remplissant mon godet!

    L'Observatoire International des Prisons (OLP) demande depuis des années une politique réductionniste, en arrêtant de construire des taules -ils affirment que ce sont ces constructions qui, financièrement parlant, ont empêché toute initiative pénitentiaire depuis longtemps-, en réduisant le recours à la détention, en dépénalisant, du coup, certaines infractions et en plafonnant les peines... Méthode qui fonctionne déjà très bien en Finlande et en Grande-Bretagne...

    Sinon, pour la petite histoire, à Londres, en 1870, un nouvel impôt provoqua des émeutes... Et devinez ce qu'ils ont fait, ces sauvageons? Ils ont brûlé les prisons sur leur passage, libérant, au passage, tous les détenus!

    « C'est pas con non plus... » finit Gèg en achevant la bouteille pour qu'on trinque...

     

                                                                                                              DK


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